LE
LOGOSCOPE

Appareil scientifique imaginaire pour scruter le langage

Denis BRUN
Artiste plasticien


TENTATIVE DE PRÉSENTATION 

Je suis né par accident en 1966 dans la même clinique que Jean-Yves Jouannais. Je travaille et je vis à Marseille mais pas uniquement. Je vis aussi chez mes amis d'Anvers, de Liège, de Nice, de Paris, ou alors dans certains endroits que je visite, car j'adore partir de chez moi plus ou moins longtemps, même si je me sens très bien là où je vis actuellement. 

Je travaille dans le train, dans l'avion, à la piscine quand je fais des longueurs, quand je marche pour me rendre à la gare, quand je prends mon longboard pour aller faire mes courses, quand je regarde SouthPark, que j'écoute East Village Radio, Studio Bruxelles, ou quand je fais du vélo. 

Vous me direz : " Ben oui, tous les artistes font ça !

- Ben alors ça va, on parle bien de la même chose et de la bonne catégorie socio-professionnelle... Si je pouvais juste continuer ma présentation tranquillement, ça serait cool, merci ! " 

DONC, je travaille aussi dans les gares quand j'attends le train, dans les aéroports quand j'attends l'avion ou quand je fais la queue à la caisse d'un supermarché discount car en fait, la nourriture m'importe peu. L'essentiel est de me nourrir de produits basiques et peu onéreux... mes amis proches étant de fins gourmets, je me soucie peu de manger varié et rafiné quand je suis seul, ce qui m'arrive environ la moitié de la semaine... à peu près.

Je ne travaille cependant PAS quand je vais chez mes parents qui habitent à la campagne car je me fais tellement chier que c'est tout bonnement impossible. J'ai pourtant essayé pendant des années lorsque je rentrais dans ma ville natale, de me dire que j'étais... disons... dans Blue Velvet ou dans True Blood... et qu'il m'arriverait plein de truc cools et bizarres. Et en fait, non, il ne m'est jamais rien arrivé de stimulant, donc je ne travaille pas quand je vais à la campagne chez mes parents qui ne sont ni drogués, ni vampires, ni métamorphes.

D'ailleurs je déteste la campagne et j'ai détesté mes parents durant les 20 premières années de ma vie, jusqu'au jour où ils ont financé mes études d'art (à Sète, Villa Saint-Clair, puis à Nice, Villa Arson). C'est à cette époque que j'ai décidé que tout compte fait, j'aimais bien mes parents et que normalement, la vie valait la peine d'être vécue si on avait : 

- des amis - un toit - un lit - du chauffage - de l'eau chaude - assez de fric pour bouger et bouger plus ou moins quand on veut 

- un atelier pour tout, ou rien y faire - l'accès au web - des bouquins - de la musique - des gens bienveillants, instruits ou juste cools autour de soi - l'accès à une forme de critique extérieure sur le boulot artistique que l'on produit et développe. 

Putain j'ai déjà écrit le mot "cool" 4 fois en 18 lignes, donc j'arrête là pour cet adjectif à la con, qui veut dire tout et son contraire. 

D'autant plus que JE NE SUIS PAS COOL et, ça me fait bien assez chier comme ça... Pardon my French, mais qu'y puis-je, j'aime écrire et je ne peux m'en empêcher... j'ai d'ailleurs un pseudo pour les tentatives de ce genre : Toshiro Bishoko, mais personne ne s'en souvient jamais. J'aime tellement les gros mots ainsi que la littérature anglo-saxonne contemporaine... mais ne croyez pas que j'ai une culture littéraire (ou autre) exhaustive, non non non, je fais de la rétention et je me délecte de découvertes majeures, mineures ou infra-minces, étendues dans le temps qu'il me reste quand j'ai dormi mes 9 heures quotidiennes. 

Je ne sais pas non plus si ce que je fais en général est bien, mais la vie que je mène actuellement ressemble de façon hallucinante, voire en mieux, à celle que j'aurais aimé vivre quand j'avais 20 ans, lorsque j'habitais dans cette putain de campagne de merde, que j'apprenais quasiment par coeur certains articles du magazine ACTUEL, que j'étais un ex-gothique suicidaire multi récidiviste qui écoutais du rock alternatif et du punk 20 ans après tout le monde et qui fantasmait à mort sur une Amérique que je n'avais pas encore identifiée comme potentiellement plus cruelle et liberticide que n'importe quelle société campagnarde pourrie à la française. 

En 1996, je découvre Photoshop, internet, un côté obéso-hirsuto-gérontophile de ma personnalité et là, je crois que ma pensée se structure ENFIN après des années d'errances dues à diverses substances chimiques, alcoolisées ou pharmaceutiques. Soudain, je comprends comment ordonner mes idées autour d'un projet créatif ou non, plus ou moins grand, dans la limite de mes possibilités techniques ou intellectuelles, et comment l'appliquer dans la vie réelle avec relativement d'efficacité et de réussite. 

Lors d'une visite médicale, j'apprends aussi que je ne vois pas complètement en 3D... Ouais, original... Je remédie à ce problème en suivant une sorte de thérapie optique qui dure trois mois. Fort de ces découvertes existentiellement et technologiquement souveraines, un nouveau monde s'ouvre à moi. Cette troisième dimension réelle (enfin j'espère ! ) est influencée comme inspirée par : 

- les voyages - les musées - les expos - les rencontres - le sexe - internet - la musique - le skate old-scool - l'amour-haine du travail ou du dilettantisme et de la paresse sous toutes ses formes. 

En gros, et en dépit de mes multiples névroses, je deviens ENFIN un mec normal, comme tout le monde. CHAMPAGNE ! 

Nous sommes alors en 1999 - je quitte Nice où j'ai vécu 10 ans et on m'invite à Marseille à la Friche Belle de Mai pour une résidence d'un an chez Astérides. Je me barre d'un microcosme pour en découvrir un autre, avec comme tout bagage : un gros sac à dos et un vieux skateboard. 

J'ai alors 33 ans, je suis assez maigre (170cm/58kg) et j'ai l'impression de recommencer ENCORE une autre vie dans un nouveau monde bordélique où chacun semble avoir le droit d'exister : MARSEILLE. 

Au niveau de la mythologie personnelle, je me dis que j'évolue dans un genre d'after-post-diplôme abstrait et païen, avec l'envie de tout prendre, de tout essayer, de tout jeter, de tout mélanger en faisant mine de m'en foutre tout en étant secrètement obsédé par une idée d'harmonie au sein même du chaos (imaginez le fruit des amours de Pavement, Spiral Tribe et de My bloody Valentine, le tout en version "dernière année d'école primaire"...). 

Je survis grâce aux RMI et je me dis qu'un jour peut-être je rembourserai en payant des impôts. 

A cette période de ma vie, je fais des vidéos, des collages un peu cons, plastifiés au scotch que j'appelle "peintures molles" et surtout des robes cousues à la main selon le même patron, taille 42, avec moult variations. Je découvre et j'aime le travail de Martin Margiella même si je préfère celui de Walter Van Beirendonck mais j'admire encore plus les travaux d'Eran Schaerf que je rencontre plusieurs fois grâce à un ami commun. 

Un jour, Ben Vautier m'achète deux robes pour Annie son épouse et le lendemain, un mec ayant un poste assez important dans "l'institution artistique marseillaise" me dit que "je fais chier tout le monde avec mes robes" tout en finissant goulûment son verre de rouge avec dans le regard les meilleurs intentions du monde... C'est ce même type qui me dira, quelques années plus tard, alors que je fais des pieds et des mains pour lui présenter mes nouveaux boulots : "Que veux-tu, je ne peux rien faire pour toi, on ne prête qu'aux riches...". Putain de connard, j'irai pisser dans ton urne funéraire si j'en ai l'occasion ! 

Nous sommes en 2000. Ayant découvert depuis peu les joies de la musique produite par ordinateur (merci à Gauthier Tassart, clavier de "I Apologize" qui m'a filé Sound Edit), je passe beaucoup de temps à organiser des sons, de façon boulimique et un jour, comme ça, Gilles Barbier me demande de composer une ritournelle pour une de ses installations qui sera présentée lors le la réouverture de Beaubourg. Yo yo yo maaaaan..! total respect my friend ! et merci pour m'avoir mis le pied à l'étrier ! Remonté à bloc par cette invitation, je finis par autoproduire dans ma chambre, plusieurs albums DIY d'un genre électro/naïf/onirique, toujours sous le pseudo Toshiro Bishoko (qui ça ???). Dés lors, j'utiliserai souvent divers compositions issues de mes albums home-made pour faire des bandes-son dans des vidéo que je réaliserai par défaut, par envie, par ennui et par amusement. Sur les conseils d'une amie, je passe cette même année un concours d'entrée au Conservatoire de Marseille et je suis reçu (tellement heureux et abasourdi par l'évènement, je suis frappé par une migraine ophtalmique qui me cloue deux jours entiers au lit). Durant mes trois années d'électroacoustique qui vont suivre, je ferai de belles rencontres, j'apprendrai l'écoute réduite, l'utilisation de Protools et surtout à ne plus jamais avoir peur de rien, quoi qu'il advienne, en termes de création musicale chez les autres ou chez moi-même.

Dans un autre registre, en 2002, je fais une résidence de deux mois à Montréal où l'apprentissage du montage vidéo sur Finalcutpro me permet d'obtenir 2 ans après, en 2004, une autre résidence de 6 mois à Los Angeles avec pas mal de fric et un grand atelier/logement à Santa-Monica. Là je suis bouleversé par la lumière, au sens large du terme, et par les gens que je rencontre. Au retour, je n'ai qu'une seule envie, celle d'y retourner. C'est ce que je fait plusieurs fois dans les années qui suivent, en passant aussi par New York, sur des périodes allant de 2 semaines à 2 mois avec des projets subventionnés ou personnels. C'est à New-York, durant les trajets en métro, que je lis les deux premiers volumes d'A la recherche du temps perdu, une des oeuvres littéraires qui a bouleversée ma vie. 

En 2008 lors d'une résidence au Logoscope de Monaco, je réalise une série de lapins en céramique, que j'appelle LAPUNKS, contraction de lapin et de punk, représentant des animaux hybrides (corps de nounours et têtes de lièvres) illustrant ma fascination pour la production d'objets dérivés ou de pièces uniques mais réalisées en série. Tout le monde autour de moi me dit que je vais faire un malheur, mais je n'en vends aucun. Je suis fauché et déprimé.

Je commence également une série de photos de bustes masculins évoquant le vieillissement du corps et la relative beauté qui peut en découler. Cette recherche s'inspire librement et respectueusement des travaux de John Coplans et de Donigan Cumming. Deux ans plus tard, une photo extraite de la série des bustes sera sélectionnée par Saatchi Online. Produite en tirage papier contrecollé sur Dibon, elle sera exposée durant un mois, dans une des salles de la Galerie Saatchi, à Londres. 

En 2009 je réside deux mois au LIP, Centre Culturel Français de Yogyakarta, Indonésie. Là, je peux réactiver les recherches en peinture commencées puis abandonnées durant mes études d'art.

Reprises grâce à Photoshop à la fin des années 90, je les avais à nouveau perdues de vue au profit de la musique début 2000, puis relancées lors des séjours à L.A et NYC pendant la même décennie.

Je revisite mes obsessions de peintre à savoir : la Figuration Libre et une idée de l'abstraction découlant d'une grammaire picturale figurative. Je produis sur place une dizaine de peintures grand format sur papier. 

De retour en France, je continue la série jusqu'à exécuter une vingtaine de nouveaux travaux, grand format, qui seront ensuite exposés à Paris et Amsterdam. Peu de spectateurs peuvent malheureusement en témoigner. Encore moins de gens virent  ma première exposition personnelle à NYC qui à eu lieu en janvier 2014. En effet, le vernissage eut lieu le premier jour d’une tempête de neige qui allait durer de longues semaines entrecoupées de chutes de températures dépassant les -17°C.  Je comptais ce soir là 24 personnes présentes dont 12 courageux amis…

Mais en 2016,  le Dieu des Lapins en céramique se pencha sur mon cas et je fus invité à exposer 11 Lapunks au Musée d’Art Contemporain de Marseille dans l’exposition collective ZOO-MACHINE. 

Pour ne pas conclure je dirai que je fais de la peinture en pensant à la musique, que je fais des vidéos en pensant à la peinture et à la musique, que je fais de la "basse-couture" en pensant à la photographie ou au sexe, que je fais de la musique en pensant à la vidéo, à la peinture au dessin ou à l'écriture et que j'écris en pensant à toutes ces choses en même temps. Pour la céramique je ne pense à rien donc aucun intérêt à m'étendre sur le sujet. Quant au...sujet... de mon travail, hormis le fait que j'en sois le centre plus ou moins direct, j’essaie par tous les moyens dont je dispose, de le masquer, par jeu ou par pudeur. 

Je m’efforce de créer des histoires tendant vers l’abstraction, sans la moindre hiérarchie dans les médiums utilisés, afin qu'il en résulte une forme de narration fictionnelle prenant ses origines dans le sens commun que j’utilise comme dernière balise avant le grand saut dans le vide. Je pense que la particularité peut-être une qualité, mais j’essaie aussi en permanence, de dépasser mes limites techniques et intellectuelles, avec comme seul but de faire un meilleur travail quel qu’il soit. Et même si la poésie technique me semble plus appropriée que la prouesse technique, l’intention onirique reste primordiale, tout comme sa libre interprétation par le spectateur. 

HOW I MET THE LOGOSCOPE (and A.R.)

Au début, ça m’a fait peur, il fallait prendre le train, sortir de Nice, descendre à la gare de Monaco et trouver ce lieux improbable, le Logoscope, tenu par une petite main de fée-soldat, non pas par Joan Jett ou Elvira Maîtresse des Ténèbres, mais par Agnès Roux, que je connaissais de la Villa Arson et que j’appréciais simplement beaucoup.

J’ai donc participé, je crois, au tout premier évènement du Logoscope, durant lequel j’ai fait porter les « TOUTES PREMIÈRES ROBES DE MA TOUTE PREMIÈRE COLLECTION » à des filles courageuses et motivées qui bravèrent un vent glacial pour se prêter au jeu de la déambulation en pénétrables fabriqués par mes soins.

Quelques mois plus tard, j’ai présenté ma première exposition personnelle , en janvier 2000 (OUTSIDING) dans laquelle j’ai pu non seulement présenter une série de collages, une installation haute en couleurs, en matières plastiques et en idées noires maquillées comme des camions de fête foraine, mais aussi mon tout premier album de Toshiro Bishoko en partie réalisé avec un lecteur/enregistreur MD :-) payé par le Logoscope. J’ai aussi réalisé ma première performance musicale durant le vernissage de l’exposition.

S’en suivirent moult présentations vidéo qui m’amenèrent à l’été 2008 où, à l’aide d’Agnès Roux et Thomas Negrevergne, je fabriquais mon premier Lapunk que je fabriquerai au Logoscope jusqu’à l’été suivant pour ensuite continuer sa reproduction à Marseille à l’atelier Tarente. 

Encore une petit concert/mix de Toshiro Bishoko pour la première guinguette en 2011 où j’ai été rémunéré en bières gratuites et nous arrivons à la prochaine étape de ma longue collaboration avec le Logosope qui consistera à fabriquer, durant les mois de mai/juin  2016 un nouveau Lapunk, plus grand et plus expressionniste, mais toujours aussi punk.

Denis Brun A.K.A Toshiro Bishoko. 


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